Sunday, December 20, 2009

*Parisot dénonce un «coup porté au Medef»*

**La présidente du Medef s'exprime pour la première fois depuis l'annonce du départ de la fédération agroalimentaire. Elle défend son mode de gouvernance et le rôle de l'organisation patronale.

LE FIGARO. - L'Ania, la fédération de l'agroalimentaire, a claqué la semaine dernière la porte du Medef, ce qui constitue un événement exceptionnel dans la vie du monde patronal. Comment expliquez-vous cette rupture ?
Laurence PARISOT. - Je ne trouve pas d'explication et je ne suis pas la seule. Beaucoup de membres de l'Ania m'ont fait part de leur consternation. Ils sont ­stupéfaits et désolés de cette situation incompréhensible, d'autant qu'aucun signe avant-coureur ne pouvait laisser présager une telle décision. Certains d'entre eux m'ont fait part de leur crainte d'un éventuel « coup d'après ». Ils redoutent dans la perspective ultérieure de l'élection à la présidence du Medef ce qu'ils appelleraient un chantage. Personnellement, je ne peux pas y croire. Cette affaire est un coup porté au Medef, mais aussi à toutes les entreprises qui, surtout dans les difficultés actuelles, ont besoin d'une unité patronale. J'ai reçu un grand nombre de messages de soutien et certaines entreprises agroalimentaires vont adhérer directement à leur Medef local.

Le président de l'Ania, Jean-René Buisson, fut l'un de vos proches et l'un de vos principaux soutiens lors de votre élection. Que s'est-il passé entre vous ?
Difficile de savoir car Jean-René Buisson dit tout et son contraire, et encore une fois je ne m'explique pas la décision de son conseil. J'ai été élue démocratiquement et le Medef fonctionne avec une gouvernance démocratique. Toute personne qui participe à la vie de notre organisation peut faire part au sein de nos instances de ses difficultés ou de ses divergences, voire de ses simples interrogations. Beaucoup le font. Pourquoi l'Ania et son président n'ont-ils pas cherché à utiliser les voies normales ? Cela reste un mystère…

À l'occasion de cette affaire, l'Ania a mis en cause le niveau des cotisations versées au Medef, mais aussi un déficit de gouvernance…
Je vous le disais, je suis surprise de voir que celui qui me fait ce reproche de n'être pas suffisamment démocratique n'a lui-même pas utilisé les moyens prévus au sein du Medef pour faire valoir ses griefs. Ni le comité financier, ni le comité statutaire, tous deux indépendants de la présidence, n'ont été saisis. Jean-René Buisson participait chaque semaine à de nombreuses instances exécutives : il n'a jamais évoqué une fois les problèmes dont il parle à présent. Nous les avons découverts dans un article du Figaro !

N'exercez-vous pas le pouvoir de manière trop personnelle ?
C'est exactement le contraire. Il n'y a jamais eu autant de travail d'équipe et de consultations sur tous les sujets que nous traitons. Ceux qui me reprochent d'exercer le pouvoir en solitaire sont ceux-là mêmes qui prétendaient me souffler à l'oreille les décisions à prendre. Ce qui les gêne en réalité, c'est le travail participatif. Auparavant, le Medef ne désignait qu'un seul représentant pour traiter un grand sujet ; désormais, il envoie une équipe. Certains regrettent l'époque où deux ou trois personnes, au nombre desquelles ils se seraient volontiers vus, dirigeaient le patronat. Ce temps est révolu. Parfois, certaines critiques parlent davantage de ceux qui les émettent que de ceux qu'elles visent.

On vous reproche également votre discours trop « sociétal », qui apparaît parfois en décalage avec les grands problèmes du moment.
Cette critique est stupéfiante, surtout venant d'un ancien directeur des ressources humaines comme Jean-René Buisson. Le sociétal ne se substitue pas à notre engagement quotidien et acharné sur les questions économiques, sociales, réglementaires ou fiscales. Il s'y ajoute, le renforce et le crédibilise. Par exemple, tous les chefs d'entreprise constatent que l'un de nos grands problèmes est l'éducation des jeunes. Eh bien, le sociétal c'est cela : des initiatives par exemple en direction de l'école, des professeurs et des élèves, car il est essentiel qu'ils comprennent la vie des entreprises et leurs positions. Il n'est pas question d'abandonner ce terrain, surtout en période de crise où il existe un risque de rupture entre la société et les entreprises. De même, nous pouvons être fiers de notre engagement en faveur de l'éthique, notamment à travers le code de bonne conduite Afep-Medef en matière de rémunérations des dirigeants. Nous aurions été irresponsables de ne pas mener ce combat.

Le débat est également ouvert sur le rapport « coût-efficacité » du Medef…
Souvent, le propre du travail bien fait, c'est d'être invisible. La valeur de la rupture conventionnelle que nous avons élaborée avec les syndicats est inestimable dans la vie quotidienne des entreprises, au regard tant du climat pacifié qu'elle instaure que du nombre de procès évités. Et pourquoi déprécier ce rapport coût-efficacité lorsqu'on sait que grâce au travail du Medef les entreprises ont échappé à la taxation de leurs bénéfices selon la règle des trois tiers… Quant à la réforme de la taxe professionnelle, sachez que nous avons tenu plus de 50 réunions avec Bercy et les élus, surveillé jour et nuit le débat parlementaire, décortiqué 1 764 amendements et réduit les risques pour chaque secteur autant qu'il était possible. Je préfère ne pas imaginer ce qu'auraient été ces débats si le Medef n'avait pas existé : d'immenses champs de bataille ou de grands déserts silencieux ! Dans tous les dossiers que nous traitons, l'union fait la force.

Allez-vous réduire le montant des cotisations de vos adhérents ?
Notre budget a été voté il y a moins de huit jours à l'unanimité par le conseil exécutif, soit dit en passant avec entre autres la voix de l'Ania. Nous y instaurons un principe d'équité marqué par une baisse de 6 % des cotisations en 2010 pour toutes les fédérations et les Medef territoriaux. Ce budget est prévu pour être adaptable : les secteurs les plus touchés par la crise pourront aller discuter avec le comité financier qui a le pouvoir d'accorder au cas par cas des réductions spécifiques.


***Nous sommes nombreux à réfléchir à une évolution du modèle de la représentation professionnelle et plusieurs d'entre nous feront des propositions dans les mois qui viennent. Je salue l'excellente initiative de Frédéric Saint-Geours qui a choisi d'en faire un thème majeur de la prochaine convention de l'UIMM, en mars. Nous devons aussi garder à l'esprit un autre enjeu essentiel : de plus en plus, c'est à l'échelle européenne ou internationale que les questions vont se poser à nous.

Outre la réforme des retraites, quels autres thèmes majeurs comptez-vous développer en 2010 ?
Nous allons établir en 2010 la cartographie de l'invraisemblable parcours d'obstacles que les entrepreneurs ont en permanence à franchir. Pour les réduire au minimum, il faut faire, pardonnez-moi le mot, une revue des emm… quotidiens infligés aux entreprises. Tous les chefs d'entreprise, de TPE comme de PME, d'ETI ou de grands groupes, en éprouvent une pro fonde exaspération, cela gâche leur vie et handicape la France. Il faut que nous abordions cela de manière à la fois globale et totalement exhaustive.

Vous avez indiqué, vendredi, votre refus de négocier sur le dialogue social dans les TPE. Pourquoi ?
Nous sommes convenus collecti vement, en plein accord avec la CGPME, qu'instaurer une obligation de dialogue social dans les TPE, où le dialogue entre patron et salariés existe déjà en permanence, reviendrait à créer un problème là où il n'y en a pas. Personne ne le réclame : ni les patrons, ni les salariés. Le modèle très humaniste de la petite entreprise a le vent en poupe dans le cœur des Français.

Propos recueillis par Gaétan de Capèle et Cyrille Lachèvre
Le Figaro
20/12/200

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